Les tiques vectrices de multiples pathogènes ?

Une nouvelle étude révèle des taux élevés de co-infection par des agents pathogènes chez les tiques, soulevant des questions sur une éventuelle co-transmission de ces agents pour les humains ou les animaux, et leurs conséquences pour la santé humaine et animale

Vue ventrale à la loupe binoculaire de tiques du mouton (Ixodes ricinus), femelle à gauche , mâle à droite.. © Inra, FILIPUTTI delphine
Par Vayssier-Taussat Muriel
Mis à jour le 13/10/2016
Publié le 17/03/2016

Les tiques sont les arthropodes vecteurs les plus communs des maladies humaines et animales en Europe, et l'espèce Ixodes ricinus est capable de transmettre un grand nombre de bactéries, virus et parasites. Peu de données existent en ce qui concerne la prévalence de co-infection, et ces études ne portent, en général, que sur un faible nombre d’agents pathogènes. Parce que la co-infection pourrait être beaucoup plus fréquente qu'on ne le pensait précédemment, nous avons évalué la prévalence chez la tique Ixodes ricinus, de 38 agents pathogènes (bactéries, tiques et virus) connus pour être transmis par les tiques. Nos résultats ont montré que la moitié des tiques que nous avons analysés et provenant des Ardennes françaises, sont porteuses d’agents pathogènes et parmi les tiques infectées, 50%  sont co-infectés, par au moins 2 et jusqu’à cinq agents pathogènes. En outre, comme il est bien établi que les bactéries naturelles des tiques (appelées symbiontes) peuvent affecter la transmission des agents pathogènes chez les arthropodes, nous avons identifié la présence de ces bactéries symbiontes dans les tiques et démontré que toutes les tiques sont infectées par au moins un de ces micro-organismes.

Ce travail met en évidence l’importance du phénomène de co-infection chez les tiques, ce qui peut avoir des implications importantes pour la santé humaine et animale en particulier sur la nécessité de développer de nouveaux tests de diagnostic mieux adaptés aux maladies transmises par les tiques. Enfin, la co-occurrence élevée de symbiontes et d’agents pathogènes chez les tiques révèle la nécessité d’étudier les interactions possibles entre les bactéries naturelles des tiques et les agents pathogènes et leurs effets pour in fine développer de nouvelles stratégies alternatives pour contrôler la transmission des agents pathogènes par les tiques et les maladies transmises.

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Département(s) associé(s) :
Santé animale
Centre(s) associé(s) :
Nancy-Lorraine, Montpellier, Jouy-en-Josas, Auvergne - Rhône-Alpes

Citation

Moutailler S, Valiente Moro C, Vaumourin E, Michelet L, Tran FH, Devillers E, et al. (2016) Co-infection of Ticks: The Rule Rather Than the Exception. PLoS Negl Trop Dis 10(3): e0004539. doi:10.1371/journal.pntd.0004539