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Muriel Vayssier-Taussat, microbiologiste, piquée par l'aventure scientifique, contaminée par la force du collectif

Muriel Vayssier-Taussat est microbiologiste et chercheur au service de la santé humaine et animale.  Investie dans la recherche sur les agents pathogènes transmis par les tiques, elle innove, rassemble, communique, coordonne. Début 2017, elle est nommée chef du département de la santé animale de l'Inra

Photo de Bertrand Nicolas recadrée et désaturée
Par Christine Jez
Mis à jour le 08/03/2018
Publié le 03/10/2017

Le hasard et la nécessité

Non, ce n'est ni par hasard ni par nécessité que Muriel Vayssier est devenue microbiologiste. Ce titre fait référence à  l'ouvrage du prix Nobel de médecine 1965, Jacques Monod, qui a constitué une véritable révélation pour elle, alors jeune lycéenne,  passionnée par la littérature et l'anglais.  Pour Jacques Monod, "la biologie moléculaire devait servir à mettre en place les éléments d’un puzzle, expliquant les mécanismes communs à tout le règne du vivant, de la bactérie aux animaux complexes". Plus question de troquer les sonorités occitanes de sa voix pour l'accent british du professeur d'anglais qu'elle imaginait devenir, sa vocation pour la recherche en biologie était née. En 1989, Muriel Vayssier quitte Rodez pour suivre des études de biologie à l'Université Paul Sabatier de Toulouse, puis à l'Université Claude Bernard de Lyon. Son année de DEA en écologie microbienne la conduit à Jouy-en-Josas, au sein de l'unité  de Virologie et d'immunologie moléculaire du centre de recherche de l'Inra, très liée à l'Anses où elle réalisera ensuite sa thèse de doctorat sous la direction de Pascal Boireau, parasitologue et virologiste.  Dans ce cadre, la rencontre avec Barbara Polla, une femme de science plutôt atypique, médecin, artiste, écrivain et femme politique, lui offrira une ouverture scientifique empreinte de liberté, de recherche d'objectivité, et un premier contrat post-doctoral à l'Hopital Cochin. Pour compléter sa formation, elle ira s'imprégner d'une autre culture scientifique, celle de la très prestigieuse Harvard Medical School du Massachusetts General Hospital de Boston. Dans cet univers où l'accueil de jeunes scientifiques est très professionnalisé, elle apprend que l'excellence ne se gagne pas uniquement avec des résultats de recherche mais aussi grâce à l'ambition accordée à leur valorisation : "à travail égal, les laboratoires américains tels que ceux de la Harvard Medical School, savent beaucoup mieux publier leurs résultats. Ils osent viser l'excellence, là où les chercheurs français ont le plus souvent beaucoup moins confiance en eux". Cette leçon donnera naissance à une série de publications dans les meilleures revues.

Bartonella, borrelia, et les autres...

Du faste de Boston, Muriel Vayssier passe à la sobriété de l'Ecole nationale vétérinaire l'Alfort, recrutée par l'Inra sur un poste de chargée de recherche. Ses travaux permettent de comprendre pourquoi la bactérie bartonella, qui se transmet des animaux à l'Homme, infecte certains mammifères et pas d'autres. Ces résultats présentent un fort intérêt dans un contexte de maladie de la vache folle où l'on s'interroge sur la possible transmission de la bactérie par les bovins. En 2008, avec son équipe, elle démontre que la bactérie peut être transmise par les tiques, et constitue l'équipe Vectotiq « Ecologie des agents pathogènes transmis par les tiques », labellisée "Jeune équipe Inra 2009-2011". Ce sujet l'amène à ouvrir ses cercles de réflexion et à rencontrer des médecins, vétérinaires, entomologistes, microbiologistes concernés par le développement des maladies à tiques. La confrontation des différentes observations confirme l'importance du sujet et la nécessité d'adopter une démarche concertée et partagée dans un esprit One Health (une seule santé).  Le projet pluridisciplinaire "Oh Ticks", financé par l'ANR, qu'elle coordonne, allait naître de ces échanges après de longues étapes de constructions avec les différentes parties. L'enjeu du projet est la connaissance des agents pathogènes transmis par les tiques et le développement de tests de diagnostic. Une autre voie allait très rapidement s'ouvrir, rapprochant les spécialistes des tiques de Maison-Alfort des spécialistes de la forêt de l'Inra Grand-Est Nancy tout en s'intégrant dans une démarche de recherche participative issue de l'initiative de l'association "Tous chercheurs". Recueillir des données sur les morsures de tiques, accélérer l'acquisition de connaissances tout en ouvrant la science aux citoyens, tels sont les grands principes du projet CiTique, coordonné par Jean-François Cosson, chercheur au sein de l'équipe Vectotiq. C'est à croire que pour Muriel Vayssier et son équipe, la collaboration est une démarche intuitive fondée sur la complémentarité des différents acteurs.

Ouvrir les cercles, c'est aussi revisiter les sujets de recherches, une réflexion que Muriel Vayssier conduira avec un groupe de chercheurs Inra, aboutissant à un projet d'étude des agents pathogènes au sein de leur écosystème microbien et prenant en compte les interactions qu’ils y développent. Une contextualisation, en quelques sortes, pour décrypter les circonstances dans lesquelles un agent pathogène peut déclencher une maladie.  Le collectif de chercheurs crée ainsi le concept de "pathobiome", qui s'applique à un nouveau projet d'étude des tiques dans leurs écosystèmes.

Ensemble, pour une science belle, utile et partagée

Liberté, ouverture et collectif, telle pourrait être la devise de Muriel Vayssier. Ses valeurs, elle les retrouve au sein de l'Inra dont le développement n'a pas empêché une certaine forme de proximité, d'humanité, de liberté d'opinion : "à l'Inra j'ai toujours reçu beaucoup d'écoute. Il est possible de s'exprimer, de défendre ses idées, sans avoir forcément gain de cause mais en étant écouté". En marge de ses activités de recherche, Muriel Vayssier s'est progressivement engagée au service du collectif, un engagement qui vient de prendre une autre dimension depuis sa nomination à la tête du département "Santé animale" de l'Inra. Dotée d'une bonne expérience en management, Muriel Vayssier conçoit son nouveau rôle comme celui d'un leader, animée par son envie de rendre le collectif plus fort, confiant, capable de relever les défis et d'explorer de nouveaux fronts de science, ensemble. L'animation d'un département scientifique doit aussi faire le lien entre la communauté scientifique thématique et les programmes transversaux liés aux grandes orientations de l’Institut. C'est un autre exercice pour lequel Muriel Vayssier a de nombreux atouts, en particulier grâce à sa pratique de différentes cultures scientifiques et aux multiples fonctions de coordination qu'elle a pu exercer. Le chemin de la science se poursuit pour la microbiologiste qui déclare que "la recherche, si on aime ça, c'est le meilleur métier du monde". Un chemin qui croisera certainement celui des initiatives autour des démarches science & société, et sciences participatives, auxquelles Muriel Vayssier accorde un grand intérêt.

Contact(s)
Contact(s) presse :
Service Presse Inra
Département(s) associé(s) :
Santé animale
Centre(s) associé(s) :
Jouy-en-Josas

Mini-CV

  • 1997 : Docteur ès Sciences, spécialité écologie microbienne, Université Claude Bernard, Lyon
  • 1997 -1999 :  Recherche postdoctorale, Hopital Cochin, Paris
  • 1999-2001 : Recherche postoctorale, Harvard Medical School, Renal Unit, Massachusetts General Hospital, Boston USA
  • 2001 : Chercheur sur les agents pathogènes vectorisés, Inra
  • 2005 : Habilitation à Diriger des Recherches. Université Paris Val de Marne
  • Depuis 2005 : Enseignante en cycle Master, à l’Institut Pasteur
  • Depuis 2009 : Chef de l'équipe  Vectotiq de l’UMR Inra-Anses-EnvA BIPAR (Biologie moléculaire et immunologie parasitaires), Maisons Alfort, France
  • 2012-2014 : Coordinateur du projet Patho-ID (Métaprogramme MEM)
  • Depuis 2013 : Editeur associé de la revue "frontiers in Microbiology"
  • 2014-2018 : Partenaire du projet européen eCDC « Guidance, data collection and advices on Tick borne diseases »
  • 2017-2021:Coordinateur du projet ANR OHTicks
  • Depuis 2017 : Chef du département "Santé animale" de l'Inra

Sélection de publications

  • Vayssier-Taussat, M., Albina, E., Citti, C., Cosson, J.F., Jacques, M.A., Lebrun, M.H., Le Loir, Y., Ogliastro, M., Petit, M.A., Roumagnac, P., Candresse, T., 2014. Shifting the paradigm from pathogens to pathobiome: new concepts in the light of meta-omics. Frontiers in cellular and infection microbiology4, 29.
  • Vayssier-Taussat, M., S. Moutailler, F. Femenia, P. Raymond, O. Croce, B. La Scola, P. E. Fournier and D. Raoult (2016). "Identification of Novel Zoonotic Activity of Bartonella spp., France." Emerg Infect Dis22(3): 457-462
  • Vayssier-Taussat, M., Le Rhun, D., Deng, H.K., Biville, F., Cescau, S., Danchin, A., Marignac, G., Lenaour, E., Boulouis, H.J., Mavris, M., Arnaud, L., Yang, H., Wang, J., Quebatte, M., Engel, P., Saenz, H., Dehio, C., 2010. The Trw type IV secretion system of Bartonella mediates host-specific adhesion to erythrocytes. PLoS pathogens
  • Cotte, V., Bonnet, S., Le Rhun, D., Le Naour, E., Chauvin, A., Boulouis, H.J., Lecuelle, B., Lilin, T., Vayssier-Taussat, M., 2008. Transmission of Bartonella henselae by Ixodes ricinus. Emerging infectious diseases14, 1074-1080.
  • Saenz, H.L., Engel, P., Stoeckli, M.C., Lanz, C., Raddatz, G., Vayssier-Taussat, M., Birtles, R., Schuster, S.C., Dehio, C., 2007. Genomic analysis of Bartonella identifies type IV secretion systems as host adaptability factors. Nature genetics39, 1469-1476