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Maladies à tiques : leur perception limite l’efficacité de la prévention

Quelle perception les Français ont-ils du risque sanitaire lié aux maladies à tiques ? Quel est leur degré d’information ? Sont-ils prêts à changer leur comportement en milieu naturel, afin de diminuer leur risque de contamination ?

Répondre à ces questions constitue la première étape vers la mise en place d’une politique de prévention efficace des maladies transmises par les tiques, comme la maladie de Lyme. Selon leur perception de la maladie, selon les lieux qu’ils fréquentent, selon leur représentation de la nature, les promeneurs n’adhèrent en effet pas de la même façon aux consignes de sécurité qui leur sont données.

Femelle de la tique du mouton (Ixodes ricinus) à l'affût sur la végétation. © Inra, BOYARD chloé
Publié le 14/03/2019

Des maladies complexes

Peu de gens savent que les tiques ne sont pas uniquement porteuses de la bactérie Borrelia burgdorferi, responsable de la maladie de Lyme. Ces acariens sont aussi susceptibles de transmettre de nombreux autres agents pathogènes. Les microbes transmis par piqûre provoquent des maladies aux symptômes proches, mais les façons de les soigner diffèrent, selon qu’il s’agit de bactéries, de parasites ou de virus.

Cette variété complique les diagnostics des maladies transmises par les tiques. D’une part, il n’existe aucun test fiable pour déterminer l’identité précise de tous les agents infectieux transmissibles par les tiques en France. D’autre part, les tiques peuvent être porteuses de plusieurs microbes pathogènes, et les transmettre simultanément lorsqu’elles se nourrissent. Ces fréquentes co-infections modifient le tableau clinique, et rendent encore plus complexe le diagnostic. Heureusement, on ne tombe pas systématiquement malade après piqûre par une tique infectée.

  À lire aussi : Maladie de Lyme : le kit pour tester sa tique, une fausse bonne idée

Mieux connaître les populations de tiques et ce qui les infecte

Au-delà de l’acquisition nécessaire de nouvelles connaissances sur les diagnostics des maladies transmissibles par les tiques (et sur leur éventuelle chronicité), il est urgent de mettre en place une prévention efficace et adaptée. Ceci nécessite de mieux connaître le mouvement et le comportement des populations des tiques, ainsi que celui des animaux hôtes sur lesquels elles se nourrissent de sang et se contaminent.

La complexité des maladies transmissibles par les tiques dépend en effet de plusieurs facteurs tels que la variabilité des populations de tiques ou des agents infectieux qu’elles contiennent. Cependant toutes les tiques ne sont pas infectées. La circulation des agents pathogènes dans les populations de tiques dépend quant à elle de nombreux facteurs écologiques (abondance et diversité de leurs hôtes, météorologie, climat, environnement…).

Dans le cas spécifique de la maladie de Lyme, un autre facteur, souvent ignoré, doit aussi être pris en compte : celui des représentations sociales de cette maladie. Celles-ci sont liées à la perception de la nature par les individus. En effet, dans ce cas précis, autrui n’est plus seulement le soignant ou l’entourage, mais également la nature. On constate par exemple que la perception du risque par les promeneurs varie selon que les tiques infestent des espaces naturels familiers ou non. Le risque sera notamment perçu comme moins grand dans les parcs ou les jardins qu’ils ont l’habitude de fréquenter. Résultat : les mesures préventives y sont peu suivies par les individus.

Des mesures préventives mal comprises et peu acceptées

Les études réalisées aux États-Unis et en Europe du Nord révèlent une faible acceptabilité par la population des mesures préventives contre la maladie de Lyme. Quelles en sont les raisons ?

La première est à chercher du côté d’une des spécificités de ces mesures : les solutions proposées ne sont pas médicales. En effet, les vaccins contre les tiques ou les nombreux agents infectieux qu’elles transmettent sont à un stade de développement trop peu avancé et ne seront pas utilisables avant de nombreuses années. Les mesures de prévention ciblent donc surtout les comportements des individus.

Or différentes études révèlent l’existence d’un décalage entre les connaissances théoriques de la population sur la maladie de Lyme, par exemple, et l’adoption de comportements préventifs raisonnés, basés sur lesdites connaissances et les moyens de prévention existants.

Les raisons les plus fréquemment évoquées sont les impacts environnementaux des répulsifs préconisés, ainsi que la perception que ces interventions préventives seraient disproportionnées par rapport au risque réel de contracter la maladie.

Un lien a par ailleurs été établi entre la vulnérabilité sociale et la faible acceptabilité des mesures préventives. Toutefois, si les facteurs socioéconomiques sont à prendre en compte, il ne faut pas sous-estimer l’importance des facteurs psychosociaux, notamment dans le contexte de forte incertitude et de manque de connaissances scientifiques qui caractérise la maladie de Lyme.

Les représentations autour des maladies à tiques, élaborées par l’individu dans son environnement, impactent forcément l’adoption des pratiques de prévention. De plus, les représentations sociales, en tant que systèmes d’interprétations régissant notre relation au monde et aux autres, peuvent participer à la construction de croyances sur la maladie et à l’adoption par certains individus de comportements inadaptés ou peu efficaces en termes de prévention.

L’acceptation par la population de comportements préventifs apparaît ainsi très subjective, locale et variée, notamment du fait de l’hétérogénéité des populations ciblées. Ceci explique en partie la complexité à mettre en œuvre une politique de santé publique autour de la maladie de Lyme.

Offrir davantage de place aux citoyens

En résumé, si l’on veut que l’intégration de mesures préventives dans des politiques d’éducation à la santé soit couronnée de succès, il faut tenir compte des caractéristiques socio-économiques et démographiques des populations ciblées, de leurs représentations des maladies à tiques et de leur perceptions des problèmes de santé liés aux tiques.

Celles-ci sont influencées à la fois par des facteurs individuels, tels que le vécu subjectif, et des facteurs sociaux, par exemple les controverses scientifiques actuelles autour de la maladie de Lyme (dues non seulement à un manque de connaissances, mais aussi au caractère multidisciplinaire des recherches). Offrir des espaces de dialogue ouverts aux citoyens pourrait participer à apaiser les tensions actuelles autour de cette pathologie. Le programme de recherche participative CiTIQUE y contribue.

Cette initiative propose aux citoyens de s’impliquer dans toutes les étapes de la démarche scientifique, pour mieux comprendre l’écologie des tiques et des maladies qu’elles transmettent et cartographier les risques de piqûre, dans l’optique d’améliorer la prévention. Des stages, ouverts à tous à partir de 12 ans, permettent d’échanger et de confronter les savoirs profanes et scientifiques tout en exerçant son raisonnement critique. Les participants sont également invités à co-construire de nouvelles questions de recherche avec les chercheurs. Au cours de ces moments d’échanges, la question du rôle des facteurs psychosociaux dans l’acceptabilité des mesures de prévention peut être abordée différemment.

Avez-vous des retours sur ce point, depuis que CiTIQUE a été mis en place ?

Nous avons commencé les stages pro et tout public cette année et avons déjà collecté beaucoup d’information. Nous attendons la fin de la saison (juin) pour commencer la synthèse.

Jean-François Cosson, Spécialiste de l’écologie des maladies infectieuses, Inra; Costanza Puppo, Ingénieure de recherche en psychologie sociale de la santé, Université Lumière Lyon 2 ; Marie Préau, , Université Lumière Lyon 2 et Pascale Frey-Klett, Microbiologiste, Chargée de projet pour le Laboratoire d’excellence ARBRE, Inra

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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